Association pour le rayonnement des orgues Aristide Cavaillé-Coll de l’église Saint-Sulpice (Paris)
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Benoît Mernier

15 novembre - 16:00

Concert annulé – reporté en 2021

Pour le dernier récital de la saison 2020, l’AROSS a la grande joie d’accueillir Benoît Mernier, compositeur et organiste, professeur d’orgue au Conservatoire Royal de Bruxelles, pour un programme riche et coloré, où les styles et époques se répondent, couvrant un vaste répertoire d’œuvres pour orgue et de transcriptions, de Grigny à Mernier…

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Interview

[AROSS:] D’où venez-vous ? A quel moment vous êtes-vous dit « je veux faire de la musique mon métier » ?

[Benoît Mernier:] Mon enfance s’est passée dans une petite ville des Ardennes belges, à Bastogne. Mon envie de faire de la musique et plus précisément de l’orgue remonte à la construction d’un nouvel orgue dans l’église où mes parents m’emmenaient le dimanche. J’étais à la fois fasciné par cet instrument qui me semblait à la fois mystérieux et magique, presque hors de portée. C’est là aussi que j’ai entendu les premières œuvres pour orgue jouées à l’office par l’organiste, notamment le 3ème choral de Franck qui me fascinait. Ensuite, j’ai eu la chance de commencer l’apprentissage de l’orgue avec un organiste-improvisateur, Firmin Decerf, qui était un élève de Pierre Cochereau. Être d’emblée confronté, de façon très naturelle, à la question de la créativité a été pour moi la plus belle des leçons. Il n’y avait pas de paroi étanche entre le fait de jouer la musique de répertoire, de pratiquer l’improvisation et d’envisager la création. Adolescent, mon professeur m’emmenait régulièrement à Notre-Dame de Paris écouter Cochereau improviser. Ce furent pour moi des souvenirs fondateurs. Par la suite, les contacts que j’ai pu avoir avec d’autres professeurs : Jean Ferrard, Jean Boyer, Bernard Foccroulle, Philippe Boesmans (pour la composition) ont été aussi une chance inouïe.

Pourquoi ce programme ?

J’aime le mélange des genres. J’aime l’idée de relier des styles et des langages qui, d’un premier abord, semblent différents. Pour moi, la création des œuvres d’aujourd’hui s’inscrit dans une chaîne qui est le reflet de ce que l’Histoire de la musique a toujours été : une longue évolution où chaque compositeur s’inspire du passé et influera peut-être, à son insu, sur ce qui va advenir. En ce sens, Bach, Grigny, Debussy, Alain et Franck sont reliés chacun à leur manière par le même fil. Les présenter lors d’un même programme permet à l’auditeur de recréer un lien que lui-même invente en fonction de ce qu’il connaît, ce qu’il ne connaît pas, ce qu’il aime, ce qu’il peut y entendre… Chaque auditeur fait librement son propre parcours entre des œuvres qui peuvent proposer des relations souples et évidentes ou des contrastes stimulants.
Composer un programme, pour moi, s’apparente à concevoir une œuvre comme le fait un compositeur… Les versets que j’ai composés autour du Pange lingua de Grigny vont exactement dans le même sens : essayer de relier les choses et de les faire entendre avec un angle particulier que chacun peut lire à sa façon.

Quelles musiques écoutez-vous en dehors du classique ?

J’aime beaucoup le jazz qui reste pour moi un modèle. C’est une musique qui fonctionne essentiellement sur une sorte de ressenti physique. Je suis bien sûr très intéressé par la question harmonique. Et certains géants du jazz ont été très loin dans cette recherche, je pense évidemment à Bill Evans, par exemple. Ce que j’aime dans le jazz, c’est ce rapport étroit entre la fonctionnalité harmonique (rapport entre les accords entre eux) et la couleur où chaque accord vaut pour lui-même, ce que Debussy a si bien développé dans son langage qui est le fondement de la modernité en musique, me semble-t-il.

Comment concevez-vous la registration à l’orgue, et à Saint-Sulpice en particulier ?

J’accorde une importance très grande à la question de la registration. La registration s’apparente à l’art de l’orchestration, non pas pour moi, comme simple habillage d’un objet, mais comme interprétation de l’objet. La registration est une opération délicate qui doit trouver un équilibre entre « comment faire sonner un orgue au mieux dans le respect de sa réalité sonore et structurelle » et « comment je conçois l’œuvre, comment je veux l’interpréter, comment (tout en respectant le texte et le style de la musique que j’interprète) je puis en donner l’image que mon imaginaire conçoit ». Pour moi, la registration n’est pas une option, mais elle fait partie intégrante de la question de l’interprétation.

Que faites-vous avant un concert ?

Après avoir beaucoup travaillé (notamment la registration et l’adaptation à l’acoustique et à l’instrument), j’essaye de me reposer un peu et aussi de me recentrer sur la question essentielle qui est la communication : « comment faire aimer et transmettre ce que j’aime » (la musique que j’ai choisie de proposer au public) ? Comment trouver cet état d’abandon face à ce qui me dépasse ? : la musique-même que je joue et que pendant des semaines j’ai essayé de creuser. A un certain moment, il faut lâcher prise. Un concert réussi, est un concert où des choses que l’on n’avait prévues adviennent parce que le public est là et que l’on se laisse au moment du concert à l’auditeur avoir accès à la fragilité et au don.

Est-ce la première fois que vous jouez à Saint-Sulpice ?

En concert, c’est la première fois et c’est une grande joie et un grand honneur. Cet instrument est évidemment mythique par ce qu’il représente dans l’Histoire et le monde de l’orgue, par sa grandeur presque inhumaine. Cet orgue pour moi est la parfaite métaphore de l’instrument-machine qui peut toucher et émouvoir, en ce sens où il semble démesuré (au-delà de l’entendement) tout en faisant entendre précisément quelque chose de profondément universel et humain, voire d’intime. Il représente pour moi un des plus beaux exemples du génie humain (celui d’un facteur d’orgue – Cavaillé-Coll) qui s’offre à chacun qui le joue et l’écoute comme une preuve que la Beauté est source de joie et de bonheur…

Comment imaginez-vous l’orgue dans le futur ? (sons, forme, lieux…)

Il est difficile de faire des projections dans le futur. Mais je dirais que l’avenir de l’orgue va se jouer, il me semble, précisément dans la capacité des organistes à faire sentir et éprouver que l’orgue est un instrument communautaire. Un instrument qui appartient à tous, au même titre qu’une œuvre d’art est un héritage commun. Développer et nourrir ce partage, tel que l’AROSS s’emploie si bien à le faire, est à mon sens un gage pour l’avenir de l’orgue. C’est pour moi, moins affaire d’esthétique, de goût et d’utopies que de volonté à continuer à transmettre quelque chose d’essentiel : l’orgue est le seul instrument dans la culture occidentale qui appartient au patrimoine – donc à tous et toutes –  et qui peut provoquer de l’émotion, celle engendrée par la Musique, l’une des choses les plus essentielles dans la vie.

Détails

Date :
15 novembre
Heure :
16:00
Catégories d’évènement:
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Lieu

Eglise Saint Sulpice
Place Saint Sulpice
Paris, 75006 France